Ça y est ! La facilité, la peur et la paresse ont maintenant le même visage : le carton et le plastique.Une visite à la Société des alcools du Québec (SAQ) aura provoqué une réflexion poussée sur les habitudes de vie d’un Québec changeant. Le nouveau concept de la SAQ propose aux Québécois de choisir leurs vins et leurs infinies subtilités en se fiant… à des ronds de couleur. Infantilisation, direz-vous ?
Notre façon de consommer est dictée à la lettre. Il suffit de lire 99 Francs, de Frédéric Beigbeder, pour avoir un portrait tout cru du monde de la publicité et de ses effets insoupçonnés et pervers sur le comportement humain. Aujourd’hui plus que jamais, l’être humain est bombardé d’information, d’images et de nouveauté. Consommez et jetez. « Tout est provisoire et tout s'achète. L’homme est un produit comme les autres, avec une date limite de vente», écrivait Beigbeder dans 99 francs.
«Il faut que le consommateur réfléchisse et agisse en fonction de ses besoins, de ses revenus bref, ce qui est essentiel», répond Jean-Marie Tremblay.

Le politicologue américain Benjamin Barber a tracé un portrait intéressant du néo-consommateur dans son dernier ouvrage Comment le capitalisme nous infantilise ?
Selon Barber, cette infantilisation est abordée à travers deux dimensions: élargir le marché en transformant très tôt les enfants en consommateurs et suggérer aux consommateurs âgés des goûts rappelant la jeunesse.
Sur le site web de la SAQ on explique le concept : «Pour guider vos choix, la SAQ a mis en place un nouvel outil : huit pastilles de goût de couleurs différentes. Plus d’un millier de vins vendus en succursale et en ligne sont classés selon ces huit ronds colorés : quatre pour les rouges et quatre pour les blancs. Retrouvez vos vins préférés et découvrez-en de nouveaux. C'est facile avec les pastilles de goût!»
Je rêve ou on vient de simplifier cet art millénaire en «huit pastilles de goût de couleurs différente» ? Eh oui ! Bienvenue à la maternelle de la vie !
Ce n’est pas que le concept de la SAQ soit mauvais ; c’est simplement qu’encore une fois, on donne des outils qui facilitent tellement la tâche, qui banalisent tant la curiosité des gens, qu’à la fin, on ne voit plus l’intérêt de découvrir nous-mêmes les arômes que la vie nous offre.



